On était dimanche soir. Un dimanche soir ordinaire, empli de la morosité instituée par l’annonce du lundi à venir ; des gens qui se laissaient glisser dans la torpeur d’août, et d’autres qui luttaient contre le temps, menant une bataille perdue d’avance pour faire perdurer le week-end au delà de ses limites naturelles. Dimanche, journée de langueur.

Pas pour tout le monde. Dans l’un des nombreux McDonald’s de Londres, à la périphérie de la ville, près de la voie express, les équipiers de la SARL Poudlard étaient loin de se laisser aller dans la langueur dominicale. Ils n’en avaient pas le temps.

En salle, l’ambiance était à la folie. Les commandes se succédaient les unes aux autres à un rythme effréné, sauf en caisse 5 où officiait Neville Londubat, équipier-boulet de renom pour quiconque avait travaillé ne serait-ce qu’une semaine dans ce fast-food. Le pauvre garçon avait trouvé le moyen de bloquer sa caisse alors que la file des clients affamés remontait jusqu’à la porte d’entrée et que tous les managers se trouvaient déjà pris aux quatre coins de la salle.

En cuisine, l’atmosphère était tout aussi fiévreuse. En ligné grillée, Olivier Dubois faisait tourner ses équipiers à un rythme qui ne tarderait pas à les tuer, ce qui n’était pas vraiment le problème du jeune homme, dès l’instant qu’ils attendaient la fin du rush -voir la fin de leur temps de travail, car après tout dès qu’ils ne pouvaient pas travailler ils ne lui servaient à rien- pour succomber. Car rush il y avait. Le très fameux rush du dimanche soir, à croire que tout le monde venait soigner sa morosité et tenter de retenir le week-end déjà fuyant à McDonald’s. Cela ne dérangeait pas le jeune Dubois. Comment pourrait-on seulement prendre conscience de ses aptitudes exceptionnelles s’il n’était pas confronté à de telles situations d’urgence ?

On ne pouvait pas vraiment dire que ses coéquipiers partageaient son enthousiasme. Faustine Lott, heureuse préposée aux viandes reg (elle soupçonnait d’ailleurs un complot de la part de ses collègues, ou alors Olivier avait quelque chose contre elle ?), se fichait bien que l’on reconnaisse ses formidables capacités en plein rush. Elle aurait préféré se dispenser du rush à vrai dire. Et du commandement de Dubois tant qu’on y était. Et si tout cela était impossible, elle aurait au moins voulu un verre d’eau. Mais son intuition lui soufflait que sa requête risquait d’être mal vue. D’une part parce qu’au cas où elle ne l’aurait pas encore remarqué, personne n’avait le temps de lui servir un verre d’eau (à part Londubat, mais autant chanter dans l’espoir de faire pleuvoir), ensuite parce que (et ça elle l’avait bien remarqué) Draco Malefoy, qui était supposé s’occuper des viandes pendant qu’elle gérait les garnitures, était parti s’exiler aux toilettes (comme si c’était le moment de tomber malade !), elle restait seule pour s’occuper d’un poste qui n’était pas particulièrement conçu pour une personne seule, une personne avec seulement quatre malheureuses semaines d’expérience de surcroît, un jour de grand rush. Et puis c’était quoi cette équipière qui ne pouvait pas tenir quatre heures d’affilées dans une cuisine surchauffée hein ? Réponse inévitable de Dubois qui ne supportait rien, et surtout pas la faiblesse d’un de ses équipiers. Pour attirer son attention, il aurait probablement fallu qu’elle s’évanouisse, et il ne lui aurait alors adressé la parole que pour l’engueuler.

Parfois, Rémus Lupin, plus connu sous le nom d’Adorable Manager, lorsqu’on n’avait pas besoin de lui en ligne frit ni nulle part ailleurs, venait lui donner un coup de main, un sourire tout à la fois compatissant et rassurant (et séduisant aussi, mais ce n’était pas vraiment le moment de se préoccuper de ça) aux lèvres. Et parfois, comble de la torture, c’était Dubois qui l’assistait, poussant inévitablement un soupir qui signifiait clairement « Tu es la cause de tous mes ennuis ». Sympa. Mais ce n’était pas elle qui avait trouvé le moyen de fuir le poste s’il voulait bien se souvenir.

Un peu plus loin, la moitié coquette et futile des jumelles Patil se lavait les mains en gloussant avec sa coéquipière et meilleure amie Lavande Brown, laquelle mis plus de temps que ne le nécessitait la situation pour traverser la ligne frit. Mais lui était-il seulement possible de passer aux côtés de Ronald Weasley sans se dandiner et battre exagérément des paupières ? Visiblement pas. Et peu importait qu’on soit en plein rush, qu’une caisse ait été mise hors service par Neville -ce qui multipliait considérablement, et le travail de ses collègues, et le courroux de Severus Rogue Perfide Manager, qui se demandait si quelqu’un seulement lui en voudrait s’il en venait à assouvir certains de ses fantasmes, à savoir noyer le jeune Londubat dans l’huile des frites. Probablement pas quelqu’un de McDonald’s en tous cas. Ajoutez à cela Percy Weasley qui subissait les foudres d’une cliente névrosée parce qu’il devait fermer sa caisse, n’étant pas autorisé à dépasser cinq heures consécutives de travail, sinon la pointeuse allait se mettre à piailler, puis finirait par se bloquer puisque personne n’était là pour s’en occuper, ce qui ficherait une sacré pagaille et là franchement ce n’était pas le moment. Voilà pourquoi pour une fois miss Brown aurait pu se passer de draguer Weasley et se dépêcher de prendre la relève de Percy.

Sirius Black, dont la principale spécialité était de faire naître des sourires idiots sur le visage de toutes les équipières femelles du restaurant dès qu’il pénétrait dans une pièce -ce n’était pas pour rien qu’on l’avait surnommé Sexy Manager- entra d’un pas conquérant dans la salle du restaurant qui ressemblait plus à un champ de bataille qu’à autre chose et arriva quelques minutes plus tard dans la cuisine, son uniforme fraîchement enfilé, avec l’air de qui vient pour sauver la monde. Il se dirigea vers Olivier qui considérait d’un air concentré les commandes.

« Ça va ? »

Olivier lui tendit la main sans le regarder et hocha la tête. Il n’y avait bien que Dubois pour trouver que cette situation n’avait rien de problématique.

« Rémus m’a appelé pour que je rapplique tout de suite. C’est un sacré rush hein ? » ajouta-t-il d’un ton nonchalant que Faustine jugea très peu adapté à la situation. « Il te manque des équipiers non ? » demanda-t-il enfin, comme s’il se souvenait qu’on l’avait appelé à l’origine pour régler un problème.

Dubois daigna enfin se tourner vers lui :

« Malefoy est parti aux toilettes, ça fait plus de vingt minutes »

« Tu as été voir ? »

« Sur six viandes steplé ? » questionna Padma Patil en sortant fébrilement ses pains du toaster

« Deluxe steplé » répondit Dubois avant de se réintéresser au manager :

« Pas le temps. Et je ne peux envoyer personne » ajouta-t-il en salant les viandes de Faustine.

Sirius opina et se tourna vers l’équipière en grommelant pour lui-même « Ce n’est pas comme si on pouvait compter sur lui… »

Puis il décocha un grand sourire à la jeune fille « Je vais prendre la place de Rémus et il va pouvoir venir t’aider »

Rémus Lupin se lava les mains, enfila un tablier et vint décharger la jeune Lott d’une partie de son fardeau. A quelques centimètres du lavabo la pointeuse égrenait les minutes avec une constance monotone, accroissant à chaque seconde un peu plus le retard de Draco Malefoy, et rapprochant un peu plus les équipiers éreintés de la fin de leur travail. Les quarts d’heure se succédèrent, mouvementés par la vie du fast-food. De nouvelles commandes, parfois des équipiers qui partaient en pause, puis qui revenaient, et Sexy Manager qui déambulait dans la cuisine en lançant des commandes bidons « Une escalope à la milanaise pour la 3 ! », « Deux risottos et un osso bucco pour la 7 ! », ce qui avait au moins le mérite de détendre l’atmosphère. Une telle nonchalance portait sur les nerfs de Severus (et Londubat venait de renverser une dizaine de plateaux…). Mais il y avait au moins quelqu’un qui s’amusait ici.

Et puis la salle commença à se vider et les commandes à se raréfier. Dubois poussa un profond soupir, fier de la performance qu’il avait mené ce soir-là, et partit chercher des boissons pour récompenser le travail de ses courageux soldats. Le calme et la lassitude s’infiltraient peu à peu entre les murs du restaurant, s’appropriant tous ceux qui s’était retenus pendant de longues heures de craquer.

La pointeuse se mit à piailler et Sirius se dirigea vers elle d’un air guilleret :

« Voyons… Cho, Faustine et Draco en sont à cinq heures, ils doivent partir »

Le soupir de soulagement de Faustine fut peut-être un peu trop démonstratif.

« Il est où Malefoy d’ailleurs ? » interrogea Olivier en tendant son gobelet de coca à Faustine.

La jeune fille haussa les épaules d’un air qui signifiait très clairement que Draco avait pu se noyer dans la cuvette des chiottes, ce n’était pas son problème. Ce qui ne changeait rien au fait qu’elle était folle de rage qu’ils seraient payés le même prix alors qu’elle s’était démenée toute la soirée et que lui avait déserté. Elle dépointa alors qu’Olivier, en manager consciencieux, interrogeait Sirius :

« Il n’est pas venu te voir pour te dire qu’il se sentait mal et voulait rentrer chez lui ? »

« Non, demande à Severus et Remus »

Olivier se leva avec lassitude et partit s’exécuter.

Quelques minutes plus tard, alors que Sirius s’occupait du personnel, le reste de l’équipe des managers partait en quête de l’équipier qui ne cesserait définitivement jamais de leur causer des ennuis. Alors que l’un l’appelait sur son portable, et l’autre chez lui, Olivier sillonnait la surface toute relative du restaurant à sa recherche.

Alors que Faustine se changeait dans les vestiaires, savourant le délice de pouvoir faire quelque chose avec lenteur pour la première fois de la soirée, sans compter la perspective de deux longues journées de congé, un juron horrifié s’éleva de l’autre côté de la mince cloison qui séparait les vestiaires des femmes de celui des hommes. A la porte de celui-ci, Faustine découvrit Olivier, choqué. La porte des toilettes des hommes, ouverte, révélait le corps de Draco Malefoy qui gisait, la bouche ouverte et la langue pendante, à moitié déculotté, la ceinture de son uniforme serrée autour de sa gorge, et vraisemblablement, mort.

1 commentaire à “Prologue”


  1. 0 hannah 5 fév 2009 à 12:27

    tres réaliste, je retrouve tres bien nos période de rush sauf que nous c’est le samedi.
    comme toujours, j’ai hate de lire la suite

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