Partie 1

(avant qu’on eût retrouvé le cadavre de Malefoy)

 

Chapitre 1 : Au commencement

où l’on découvre le monde merveilleux du fast-food

où les 6 commandements                                    

 

Faustine Lott était une ratée. C’était tout au moins la certitude qu’elle avait, et elle se demandait depuis de longues minutes maintenant pourquoi l’homme qui était assis en face d’elle, qui semblait souffrir d’euphorie chronique, ne s’en était pas encore rendu compte. Sa lettre de motivation était creuse, sa signature pourrie, le papier mal plié, et en plus elle avait bégayé pendant l’entretien.

Et pourtant, le responsable du recrutement de McDonald’s, lieu de joie et de béatitude où elle postulait dans l’espoir d’y passer les mois à venir, ce type donc, la considérait avec le sourire éclatant de qui vient de trouver LA recrue qu’il avait attendue tout au long de sa vie de manager. Il lui avait serré la main et lui avait dit qu’ils se reverraient pour signer le contrat, et le pire, c’est qu’il avait eu l’air sincère. Et il avait dû l’être, sinon elle ne serait pas en cet instant attablée avec trois autres postulants (inconscients) qui souriait béatement -à croire qu’elle seule n’avait choisit ce boulot que par dépit- face à un contrat. Et elle commençait à se demander si ce n’était pas le moment de fuir en courant, avant qu’il ne soit trop tard.

Monsieur-le-responsable-du-recrutement leur dédia à nouveau son plus beau sourire, un sourire encourageant qui signifiait « mais non voyons vous n’êtes absolument pas en train de vous engager sur une voie minée ! Ayez confiance ! ».

« Bon, à partir de maintenant tout le monde se tutoie et s’appelle par son prénom ! Je ne veux plus entendre de monsieur, appelez moi simplement Sirius. »

Et bienvenue dans cette merveilleuse et grande famille !

« Alors, voyons… J’ai le contrat de… Terry… C’est toi ? »

Et hop, un contrat presque vierge tendu à un garçon aux traits fins et à l’air vif et franc.

« … Puis… alors Perceval… Bien sûr roux comme son frère ! On peut t’appeler Percy ? Voyons Faustine… »

Faustine leva bêtement la main, et monsieur-le-responsable-du-recrutement-appelez-moi-simplement-Sirius lui tendit son contrat avec un sourire enjôleur qui dématérialisa les craintes de la jeune fille.

C’était peut-être ça son truc pour que les gens ne fuient pas en courant.

« Et il nous reste… Susan ! »

Ladite Susan avait une longue queue de cheval brune qui oscillait en rythme avec ses mouvements volontaires et une gourmette en argent sur laquelle était gravé « Anthony ». Faustine la raya immédiatement des filles appréciables.

« Vérifiez que les informations sont justes, paraphez toutes les feuilles et signez la dernière »

Les quatre futurs novices s’exécutèrent dans un silence religieux qui donnait une dimension solennelle un peu excessive à l’événement. Lorsque ce fut fait, Sirius récupéra les contrats signés et mis une cassette dans le magnétoscope :

« Je suis désolé de vous infliger ça, c’est ennuyeux à mourir, mais tout le monde doit y passer. Je reviendrai quand ce sera fini »

Et c’est ainsi que tout commença…

ooOoo

En 1937, alors que les Etats-Unis découvrent le nylon et que l’on inaugure le Golden Gate à San Fransisco, les frères Richard et Maurice McDonald ouvrent un stand de hot dogs appelé Airdome à Arcadia, en Californie.

1948 : La Birmanie proclame son indépendance et les troupes américaines se retirent de la Corée du Nord. En Californie, les frères McDonald innovent et mettent au point le Speedee Service System, une ligne de préparation dynamique pour hamburgers.

C’est aussi en 1948 que Faustine décrocha de la fabuleuse histoire de McDonald’s. Pour elle, tout cela était beaucoup plus simple : Dieu avait créé le pain et la viande, et un petit malin avait eu l’idée de mettre la deuxième entre deux tranches du premier. On pouvait donc raisonnablement considérer que tout ce qui arrivait était plus ou moins de sa faute.

ooOoo

Premier commandement : 

Dieu créa le temps et du temps découlèrent les heures et des heures naquit la pointeuse. Objet de mépris pour certains, d’adulation pour d’autres, la pointeuse devint le cœur du fast-food, battant au rythme des allées et venues des équipiers. Le monde tournait autour de cette machine sans âme dans ce lieu où l’on vénérait un homme à chaussettes rayés rouge et jaune et aux énormes chaussures rouges.

Et Dieu dit : « La pointeuse tu vénéreras, car le temps de la communauté elle réglera, mais lors de ton temps de travail ton regard dessus tu ne fixeras pas »

Car il était bien connu que pour arrêter le temps rien ne sert d’être un grand magicien, il suffit d’espérer qu’il aille plus vite ou de fixer la pendule d’un air désespéré.

Second commandement : 

Les adorateurs de la secte de Ronald (facilement reconnaissables à leur uniforme jaune poussin, même si cette couleur n’était plus conservé que dans ce seul restaurant -on se demandait pourquoi tiens ! Mais on se demandait surtout pourquoi le choix s’était porté sur une couleur pareille aussi… Remarquez c’était peut-être pour éviter la discrimination… Car l’avantage incontestable du jaune, c’était qu’il n’allait au teint de personne) ne pouvaient hélas suivre le chemin de la vérité sans un prophète pour les diriger. Ainsi Dieu envoya un prophète pour illuminer leur route.

Et Dieu dit à son prophète « cette communauté tu hiérarchiseras »

On appelait ce prophète « direction » en langage courant, et si tout le monde en avait entendu parler, personne n’en avait jamais vu la couleur. Notamment Tom Jedusor, le grand patron de l’entreprise, plus communément appelé Celui-dont-on-doit-pas-prononcer le nom, qui inspirait crainte et respect même si personne n’aurait été fichu de le reconnaître dans la rue. C’est que tout semblait finir par remonter à ses oreilles pourtant, aussi mieux valait-il rester prudent. Le grand prophète entraîna à sa suite une horde de disciples, nommés superviseurs, qu’on ne voyait jamais mais qui trouvait malgré tout le moyen de tout savoir quand même.

Troisième commandement : 

Aussi le prophète s’empressa-t-il de déléguer à des sous-fifres (des petits chanceux qui portaient des chemises de couleurs potables, eux) le commandement direct de la communauté. Ainsi vint l’avènement des managers.

Et Dieu dit « Ton manager tu respecteras et à sa parole tu obéiras »

Ainsi comme le rapporte l’humble équipier Harry Potter dans Mémoires d’un nuggets, Manager n°1 s’adressa en ces termes à l’équipière Alicia Spinnet :

« Tu peux mettre plus de salade tu sais, on n’est pas radin à McDo »

Et quelques jours plus tard, Manager n°2 s’adressa à son tour à l’équipière Alicia Spinnet :

« Je sais que c’est bon la salade, mais nos clients ne sont pas non plus des lapins ».

« Ton manager tu respecteras et à sa parole tu obéiras »

Moi je veux bien, mais auquel ?

Quatrième commandement : 

Et pour que ceci reste bien ancré dans les esprits, Dieu Ronald conféra aux managers les pleins pouvoirs.

Et Dieu dit : « Si un violent différend vient à éclater, ou dans toute situation d’urgence, le manager toujours raison aura »

L’équipier Dean Thomas rapporte dans le neuvième chapitre du livre de La Frite Sacrée que lors d’un rush inattendu en début de soirée il eut l’échange suivant avec un manager et l’équipière Padma Patil :

« Deux Royal steplé ! » avait crié Cho Chang depuis les caisses.

« Ça arrive ! » avait répondu Padma avec fébrilité en rejoignant Dean qui attendait l’ouverture du grill avec impatience. Il avait juré en constatant l’ampleur des commandes en attente :

« Quelle idée de venir bouffer à six heures ! Lance quatre Macs steplé »

Un million d’années plus tard au moins, le grill daigna enfin s’ouvrir et Dean avait détaché les viandes avec fébrilité, renversant au passage la garniture de son hamburger sur le plateau.

« Et m… Padma ! » avait-il sifflé, un brin gagné par la panique.

Tous deux avaient commencé à replacer correctement viande et garniture, quand Manager n°3 était entré.

« On ne doit pas toucher la viande avec les mains ! Maintenant il faut la jeter » ajouta-t-il d’un ton catégorique.

« Ils sont prêts mes Royal ? » s’enquit Cho pendant que le grill de Padma bippait.

Alors Manager n°3 vit les commandes en attente. Presque aussitôt, il se saisit de la viande et la replaça sur le hamburger qu’il tendit à Dean :

« Tu m’emballes ça pendant que je lance des viandes 4:1 »

Padma ne put retenir une remarque moqueuse :

« Je croyais qu’il ne fallait jamais toucher la viande avec les mains ? »

« Oui, mais moi je suis manager »

Car les mains des managers furent bénies entre toutes.

Cinquième commandement : 

Ainsi les équipiers vivaient sous la tutelle de la pointeuse, qui décidait de leur temps de travail, et des managers, qui décidaient d’approximativement tout le reste, notamment leur chapitre préféré, les heures supplémentaires. Mais il fallait aussi réguler la cuisson des petits pains, de la viande, le temps de fritures de tout ce qui était à frire, le temps de conservation du bacon, le moment où il fallait mettre sa viande, celui où il fallait mettre son pain, celui où il fallait retirer sa viande, et tant d’autres choses…

Et Dieu dit : « Le rythme de la cuisine par les sonneries des appareils dicté sera »

Alors Dieu institua les machines qui faisait bip lorsque la cuisson était finie, celles qui faisaient bip lorsqu’il fallait jeter les nuggets et d’autres qui faisaient bip sans qu’on sache trop pourquoi mais il suffisait d’appuyer sur un bouton et ça s’arrêtait.

Ainsi c’était une véritable merveille que de travailler à McDonald’s : quand ce n’était pas les managers qui vous engueulaient, il y avait toujours une machine pour prendre sa relève !

Sixième commandement : 

Mais pour que la communauté puisse vivre en paix, il fallait plus qu’une hiérarchie policée. Aussi fallu-t-il instituer un code de respect et de civilité.

Et Dieu dit : « Chaque demande tu ponctueras par « s’il-te-plaît » et pour tout ce que l’on te répondra tu diras « merci » »

Ainsi l’équipière Luna Lovegood raconte dans son best-seller Luttons contre la transformation des Ronflaks Cornus en chaire à hamburger qu’à la suite d’une dispute véhémente à laquelle avait dû mettre un terme Manager n°4, les équipiers Ronald Weasley et Zacharias Smith, forcés de travailler ensemble se parlèrent en ces termes plus que respectueux :

« Tu me lanceras six viandes steplé » avait grogné Ron

« Six viandes merci » avait répondu Zacharias d’un ton obséquieux avant de grommeler dans son menton imberbe « Connard »

« Sur six viandes steplé ? » avait-il enchaîné lorsqu’il avait été forcé de s’adresser à nouveau à Ron.

« Moitié steplé » avait répondu Ron en mangeant à moitié le dernier mot, tant il lui faisait mal de le prononcer

« Viandes à l’embal’ steplé »

« Et gnagnagna… » avait grommelé Ron en imitant pour lui-même le ton sirupeux de Zacharias avant de répondre l’inévitable : « Viande à l’embal’ merci »

Puisqu’il le fallait…

C’est ainsi que la communauté des adorateurs de Ronald pût vivre en toute quiétude, et sans animosité.

ooOoo

Dieu acheva ainsi son œuvre et il vit que cela était bon. Aussi Dieu décida de prendre du repos pendant que les superviseurs, les managers et les équipiers mèneraient son entreprise. Mais quelques temps plus tard il revint sur sa décision et fit installer une caméra en cuisine et deux en salles. Au cas où.

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En ce moment… Je lis

"Les aventuriers de la mer tome 1" Robin Hobb (la suite de l'assassin royal)

J’écoute…

je lis beaucoup donc j'écoute peu de musique

In the mood for…

... lire en mangeant des abricots

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